Jeudi 27 août 2009
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Je me le suis promis à moi-même, ce soir je vous écris un article du feu de dieu où vous allez apprendre un peu
d'espagnol. J'ai encore eu une semaine riche, notamment en fêtes... Entre le sushi libre et el trencito de la alegria, il n'y a guère que les cours pour me remettre les pieds sur terre. Oui parce
que les cours ont commencé et ça se ressent. Les partiels sont dans 4 semaines alors pourquoi s'inquiéter? Tout simplement parce que l'on n'a qu'un cours de chaque matière par semaine et que pour
les plus forts d'entre nous en maths, vous comprendrez qu'il ne me reste que 4 cours de chaque matière avant les examens... Et je viens seulement de comprendre comment marchait le système de
livres, très particulier. Pour en revenir aux examens, je suis loin d'être anxieux et non je n'ai pas commencé à réviser pour les plus mauvaises langues d'entre vous. C'est juste qu'ici, vous
êtes obligés de travailler régulièrement car vous avez une tonne de choses à lire entre chaque semaine et si vous le faîtes pas, à vos risques et périls. Bon ceci dit, le niveau des cours ne me
paraît insurmontable qu'à cause de l'espagnol. Parenthèse à ce sujet à tous ceux qui disent qu'en un mois on comprend tout et qu'en 4 mois on devient bilingue : conneries! Anne pourrait vous le
confirmer ou même les autres, la compréhension reste ardue et l'expression orale périlleuse. Certes, on progresse, mais il ne faut pas croire tout ce qu'on vous dit. Honnêtement, au mois de
décembre, je ne me vois pas parler couramment espagnol et pourtant on me dit que je me débrouille bien. Pour en revenir aux cours et au système de notation à la con qui m'oblige à avoir 14 dans
chaque matière pour ne pas aller en rattrapage, et aux deux partiels, c'est vraiment étrange. Mais apparemment, on peut s'arranger... Bref, vous l'aurez compris, ici on se démerde. L'exemple le
plus flagrant n'en demeure pas moins les livres. En fait, vous ne les achetez pas, vous les empruntez pour une durée de huit jours à la bibliothèque, c'est le prof qui vous file les références
(encore faut-il comprendre). Seulement, entre le nombre d'étudiants et le nombre d'exemplaires, il y a comme qui dirait un fossé... Deux choix s'offrent à vous : Attendre 8 jours pour récupérer
un livre ou apprendre au bout de trois semaines qu'il existe un lieu fabuleux qui s'appelle "El garage". Cet endroit vous permet de récupérer des cours mais également des photocopies de livres
entières, ou de les faire, pour environ 4 à 10euros, ça dépend. Et quand je dis cet endroit, je devrais dire ces endroits. En effet, chaque prof affectionne plus ou moins son "Garage"... J'aime
bien le système D mais on perd un temps monstre à comprendre comment obtenir les ouvrages... Heureusement, on peut compter sur la générosité des argentins. En finance, toute à l'heure, un type
m'a filé deux livres photocopiés pour que je le fasse moi-même sans rien demander en retour. Il a juste vu qu'Anne et moi nous étions un peu paumés...
Le premier paragraphe ne reflète pas un intérêt particulier, c'est juste que la vie d'étudiant ici s'avère un peu "compliquée". Passons au deuxième sujet peu passionnant de la semaine mais qui
revêt son importance : mon nouveau logement. Alors que tous mes comparses, à l'exception d'alexandre-la-grenouille, sont enfin partis dans leur pays respectifs vivre de nouvelles expériences,
surtout Grégoire qui est déjà en difficultés pour mon plus grand bonheur, je me lance moi-même dans ma nouvelle aventure : une colocation à 5 où les 4 autres acolytes sont latinos-américains.
Alors, j'ai le plaisir de vivre avec deux chiliennes, une colombienne et un équatorien. C'est... folklo... Je suis arrivé il y a trois jours maintenant et s'intégrer n'est pas super facile. Mes
colocs' sont tous très gentils mais ils ont chacun leur petite vie et leurs habitudes : c'est plus un partage d'appartement qu'une colocation tout-feu-tout-flamme. Che, c'est mal me connaître.
Bon je me suis pas encore fait inviter à manger par mes propres colocs' mais j'ai obtenu de l'une d'elle qu'elle m'emmène faire du shopping à Palermo. Oui alors ça peut vous paraître bizarre mais
ici, en Argentine, nous sommes en hiver et il fait 28°... Autant dire que j'ai besoin d'un manteau pour ne pas me liquéfier sur place. Quoi qu'il en soit, le gros choc culturel n'a pas été mon
emménagement, même si les filles latines piaillent toujours autant, ni même ma première vaisselle ou cuisine (des pâtes), mais mes premières courses. Déjà, pas de parmesan, autant dire que je ne
tiendrai pas longtemps... Et les produits sont tellement différents... Le pire, c'est la viande. Les emballages me rebutent malgré le fait que la viande soit excellente. Le problème, en réalité,
c'est que les barquettes sont énormes... Vous pouvez nourrir 3-4 personnes avec le steak le plus petit, et ce n'est pas une blague. Ce qui a pour conséquence de ne pas me faire manger de viande!
Alors oui, je suis probablement dans le pays où il y a la meilleure viande du monde, mais le problème des quantités astronomiques me repoussent fortement à en acheter. Je trouverai bien un moyen
de palier à ce problème (suspens total!).
Parfait, si vous êtes arrivé au troisième paragraphe, félicitations! Vous avez le droit de lire la partie intéressante de l'article. J'ai introduit ce dernier avec les notions de sushi libre et
de trencito de la alegria. Faut que je vous explique. En Argentine, lorsque vous voyez "libre" sur la vitrine d'un restaurant, cela signifie que pour une modique somme, tout est à volonté. Et
honnêtement, je n'aurais jamais pensé que c'est à Buenos Aires que je mangerai les meilleurs sushis de ma vie. Je sais déjà où j'emmènerai ma soeur quand elle viendra... Ceci dit, les histoires
de sushi ne doivent pas vous intéresser outre mesure, ce que je comprends. Alors passons tout de suite au "Trencito de la alegria". J'avais dit à papa et maman que je ne leur en parlerai pas mais
à 12 000 kilomètres, tout compte fait, je peux me permettre (jaja). Lorsque vendredi dernier j'ai dit à Laura que j'allais faire le train de la joie, elle a explosé de rire, Léo également. Cela a
dû leur rappeler leur folle jeunesse d'étudiants où, pour fêter l'entrée à la fac, les jeunes font le tour de la ville en dansant dans un bus qui a la forme d'un train et qui les dépose en boîte.
Alors, pour moi c'est la même chose à quelques exceptions prêtes. Nous n'étions pas un mais quatre trains de la alegria. Ensuite, on nous avait réservé de gros bidon de vodka-orange pour
agrémenter le tout (allez-y, essayez de boire un peu bourré dans un bus qui bouge tout le temps sans en foutre partout, c'est une épreuve mes amis). Ainsi, à minuit, dans les rues de Buenos
Aires, sous le regard effaré des quelques centaines de voitures encore présentes dans la ville, une myriade d'intercambios complètement déjantée s'amuse à danser et à chanter dans ce qui
ressemble à un wagon de Micheline sur roue... Et vous ne savez pas la meilleure? C'est qu'il y en a un tous les mois!!! La suite n'est pas très intéressante si ce n'est que j'ai passé une partie
de la nuit à vanter la future victoire de l'Argentine sur le Brésil à une brésilienne. Elle m'a dit qu'on verrait. Je cherche encore des places...
Ah la nuit à Buenos Aires...
Toute à l'heure, je me baladais dans la rue où une charmante demoiselle marchait à quelques dizaines de mètres devant moi. Si je vous raconte cela, fait peu rarissime d'ailleurs, c'est parce que
cela m'a permis d'assister aux premières loges au ballet des argentins qui, quand ils croisent une jolie fille, sont passés maître dans l'art du volte-face pour admirer la plastique de la belle
créature avant de repartir comme si de rien n'était. Ah les "piropos", une institution! Qu'est-ce qu'un piropo? C'est ce qu'on pourrait appeler un crooner, un dandee, mais en moins classe. C'est
un type qui ne peut s'empêcher d'applaudir ou d'inonder de paroles flatteuses ou osées une jolie demoiselle croisant son chemin. La ville en est remplie. Oui parce qu'à Buenos Aires, la règle
numéro 1 en matière de séduction c'est d'être "halagueño", comprenez entreprenant. Je peux vous dire que les argentins appliquent ce précepte à la lettre... Un peu trop même parfois... Alors,
pour aborder quelqu'un dans la rue, les petits surnoms, surtout d'animaux, sont courants. Ils désignent donc une bête ou une partie du physique qui ressortent chez la personne. Ainsi, en vous
baladant, hormis les caballeros et damas des tangueros, vous pourriez avoir droit à: "Che, gordo (gros), flaco (maigre), pelado (chauve), rengo (boiteux), negro (personne d'origine bolivienne ou
indienne), barbincha (barbu), loco (fou), boludo (mon con, c'est affectueux, comme quand ma soeur me le dit si souvent)... Il faut savoir que la jeunesse sort des "locos" et des "boludos" toutes
les cinq secondes... La plupart des surnoms qui suivent viennent du lunfardo, qui n'est autre que l'argot porteño. Si vous croisez une fille dans la rue, vous pouvez lui dire linda (ma belle),
mais aussi mina, minita, minon, minuza, potra (ma poule), diosa (ma déesse), gata (chaton), concheta (se dit d'une femme montrant des signes extérieurs de richesse et de bourgeoisie, à ne
pas confondre avec conchita). Ojo! Laura m'a bien répété plusieurs de faire très attention quand j'utilisais ces mots, gare aux conséquences. Pour les hommes, vous pouvez les appeler apuesto (se
dit d'un homme élégant), chabon, tipo (type), gato (chaton), perro (chien), pato (canard), pescado (poisson)... Pescado et perro ne sont pas bons du tout, surtout pescado... (hein soeurette...).
A contrario, une femme très laide est surnommée "bagre" (poisson de fleuve qui est loin d'être élégant). Les professions ont également leur propre surnoms, ainsi les médecins sont des tordos
(grives), les avocats des cuervos (corbeaux), les psychiatres des curalocos, la police est la cana (se dit d'une personne ayant les cheveux blanc), les militaires des milicos etc... Et selon les
origines des pays, vous aurez le droit à votre petit surnom en lunfardo également, ainsi un italien sera un tano (rital) etc. Pour la France, j'ai pas encore trouvé. Voilà pour votre culture
générale mes amis.
Est-ce fini? Bien sûr que non, il est temps de vous parler du projet RT (pour Road Trip). Mes parents vont venir me rendre visite en entre décembre et février et comme je leur ai dit par mail, je
ne compte les garder à Buenos Aires que 3-4 jours maximum! Selon l'avancée des négociations, nous devrions aller à : Tigre, Iguazu, Bariloche, Mar del Plata, Cordoba, Mendoza, Salta, Jujuy, la
pampa, et Ushuia!!! Bref, toutes ces villes ne vous disent peut-être rien mais je peux vous dire que c'est ce qui fait la richesse de l'Argentine. Car oui mes amis, je vais encore visiter San
Telmo, Puerto Madero, la Boca, aller au stade, m'essayer au tango et flâner dans les librairies mais le B A BA, sans mauvais jeu de mot, de BA, vous le savez désormais. Ah oui, dernière chose
avant de vous quitter. Je suis allé manger dans un restaurant avec Laura, Léo et une dizaine d'autres personnes. En dehors de la nourriture absolument succulente (j'en ai pour 5€ alors que ça en
valait plus de 20...), il y avait une grande dame blonde assise à notre table. Grande classe, beaucoup d'élégance et de raffinement et quand elle parlait, tout le monde l'écoutait. Petit détail
qui a son importance, tous sont des tangueros, ou des danseurs mordus de tango si vous préférez. Me sentant un peu seul au milieu de cette sarabande d'artistes, mon voisin de droite, alias Klaus,
prof allemand de plus de 40 ans qui parle l'espagnol et le français, me demande en français si je connais la dame blonde ici présente. Amusé, je lui dis que non et qu'il peut me parler en
espagnol. Il me dit que non car il ne veut pas que les autres comprennent. Il m'explique alors que cette fameuse dame d'une quarantaine d'année qui éclabousse le restaurant de toute sa prestance
n'est autre que l'une des meilleures danseuses de tango du monde. Et oui mesdames et messieurs, j'ai eu le loisir de dîner en compagnie d'une pro. Par contre, je ne connais pas son nom (oui là
tout de suite ça rompt le charme mais je demanderai à Laura). Pour la petite histoire, elle a invité Klaus à danser avec elle jeudi. Bonne chance!
Par Olive
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