La première chose qu’a dû me dire mon papa, enfin celle qui m’a marqué le plus, quand je lui ai dit que j’allais à
Rosario fut : Oh c’est la ville de naissance de Messi. Bon je savais que papa était loin d’être un érudit et passé les domaines du foot et du cinéma, les conversations devenaient moins
longues mais quand même… Lorsqu’on parle de Rosario, c’est avant tout parce que c’est la ville de naissance de Che Guevara. Après à vous de juger qui a le plus grand rayonnement historique…
Une chose intéressante à propos de cette ville est qu’elle ne figure pas dans le registre de l’ami Rout’. Alors oui, au passage, j’ai déjà parlé de Rout’ avant. Ce n’est ni plus ni moins
qu’un raccourci de routard (vous savez ce petit guide concurrent du Lonely Planet qui est parfois bien utile…). Non je précise parce que ma chère maman pensait que c’était réellement un ami à
moi… Je m’étonne d’ailleurs puisque ma sœur ne m’en a toujours pas faite une (remarquez, il reste encore 6 bons mois…). Bref, les types du routard sont assez surprenants… C’est pas comme si, en
terme d’habitants, Rosario était la troisième ville du pays et que sa dynamique, due à sa position fluviale, l’emmènera très probablement à la deuxième place dans un futur très proche. Nos amis
devaient être bien pressés pour snober un tel lieu, pour ma part incontournable, de l’Argentine.
Une jolie cathédrale dont la magie est renforcée par les jolis fils électriques que j'ai
oubliés de voir en prenant la photo... Désolé.
Rosario c’est comme une mini Buenos Aires mais en beaucoup plus tranquille. On retrouve cette même désorganisation, cette même douceur de vivre et cette même passion pour le foot. Mais à la nuit
tombée, les quartiers du centre sont peu agités (ça fait bizarre de dormir sans bruit). Pour cette ville, vous aurez le droit à un interlude de foot (vous n’en aurez que 2, à Rosario et en
Uruguay). Je le mettrai en fin d’article, comme ça, ceux qui s’en footent (hahaha, quel humour), pourront toujours le sauter.
Alors tour à tour un bâtiment d'une belle facture et de superbes marches qui sont assez amusantes à monter,
croyez-moi...
A peine arrivé dans la ville qu’on remarque des faubourgs typiques d’Argentine : Maisons basses, légèrement délabrées et parfois colorées. Sauf que là, les rues sont épaisses donnant un
aspect davantage sud américaine qu’européen à la ville. Après avoir débarqué et rempli les formalités de « recherche d’auberge de jeunesse » et « on fait quoi ? ». On
part à l’assaut du fleuve. On passe donc par la vieille ville avant de se promener le long du fleuve (6h de marche quand même), où restaurants et bars branchés laisseront places à un
amoncellement de tours en construction puis à des villas (= bidonvilles). Finalement on se retrouvera au pied du stade de Rosario Central (je vous expliquerai après). Cette partie de la ville est
plutôt jolie, la cité se développe mais en mal, les tours gâchent un peu le paysage. Ils essaient de faire un Puerto Madero bis(quartier huppé de Buenos Aires aux abords du fleuve avec des lofts
artistiques et plein d’immeubles ultra-modernes), je me demande pourquoi. Selon mes pronostics, toujours foireux, dans 10 ans cette ville sera le repère de villégiature de tous les bobos de
Buenos Aires (la ville n’est qu’à 4h de Capital en bus). J’ouvre les paris. Le lendemain nous décidons de parcourir l’arrière du pays à bord d’un bateau en remontant le fleuve. Là y a une madame
qui nous explique plein de choses super intéressantes en espagnol mais honnêtement, j’ai tout oublié (en ayant écouté que la moitié). C’était joli, mais sans plus. Seule satisfaction, on a vu le
stade de Central depuis le bateau (oui bon okay j’arrête).
(ce drôle de truc est en réalité un musée très design). Pour le troisième jour, c’est visite dans le
centre ville et un peu de shopping. On retiendra le nombre d’enfants dans les rues en train de quémander la monedita… Pour ce qui est de la nourriture, j’ai mangé les pires empanadas de ma vie à
Rosario… La viande était correcte, pas de quoi se transcender, et pour le reste pas de spécialités si ce n’est les incontournables alfajores… Bref, en somme une ville assez jolie sur les
extérieurs mais qui ne vaut pas la chandelle (la maison du Che est pas top en prime, après il a bougé à Cordoba). On peut comprendre pourquoi le routard l’a évité : elle est moderne, enfin
elle essaie, et ne présente pas vraiment d’intérêt culturel. Un jour suffit pour se pavaner Rosario, ce n’est pas l’étape indispensable d’un voyage. Un lieu qui se veut touristique mais qui
souffre du manque d’infrastructures. Et ils sont en train de tout ruiner avec leurs tours…
voici le genre de bâtiments que vous trouverez dans la ville dans quelques années.
On cherche à attirer de la plata. Que dire de plus ? La ville est infestée de moustiques, une horreur (ben oui forcément y a un rio aux abords). L’auberge de jeunesse dans laquelle nous
avons dormi était correcte mais sans plus. Pour ce qui est des gens, on ne peut pas dire qu’ils m’auront laissé un souvenir impérissable. De toute façon Rosario et Cordoba était les étapes les
moins intéressantes du voyage (la qualité augmentait au fur et à mesure) mais qu’il faut quand même voir. Par contre, pour tout passionné de foot, c’est un passage incontournable
(epaaaaaaaaaaaaaaah).
Le plus beau monument de Rosario! Dale Argentina!!!
Attention danger : « on parle de foot ici ». La ville est divisée entre deux clubs : Rosario Central et Newell’s Old Boys. Sur les 20 clubs du championnat de 1ère
division, on en a 12 environ de la province, ou de la ville, de Buenos Aires. Ainsi, ces 2 clubs font partie des 8 non porteños. Et pour avoir fait un tour du côté du stade des canallas (ceux de
Rosario Central), je peux vous dire qu’on y sent la passion du supporter argentin pur et dur. Des graffitis dans tous les sens et beaucoup de personnes portant le maillot strié jaune et bleu de
Central (celui de newell’s est floqué rouge et noir). Je voulais vous parler de ça car le clasico Newell’s vs Rosario est le clasico le plus chaud d’Argentine (bien plus que le Boca – River ou le
clasico de l’avellaneda Independiente – Racing). Je le regardais à la télé l’autre fois et le jeu a été interrompu parce que quelqu’un avait lancé un couteau sur la pelouse. Ca vous laisse une
idée de l’ambiance qui y règne. Les deux clans se détestent et les stades ne sont vraiment pas loin de l’un de l’autre… L’apertura vient de se terminer (y a deux championnats dans le foot
argentin et pas de phase aller-retour). J’étais à Rosario lors de l’avant-dernière journée et Newell’s et Banfield se battait pour le titre. On mangeait dans un restaurant et tous les serveurs
étaient concentrés sur le match car Banfield jouait (j’étais dans la partie de Newell’s de la ville en plus). Tout se passait bien jusqu’à ce que Banfield mette un but à la dernière minute,
plongeant le restaurant dans le silence. L’équation de la dernière journée était simple : si Banfield gagnait à Boca, Banfield sortait champion. Si Banfield perdait et Newell’s gagnait à
domicile, Newell’s était auréolé. Bien entendu, Banfield est allé à perdre à la Bombonera (que grande Boca !). Mais là où c’est le plus drôle, c’est que Newell’s a trouvé le moyen de perdre
à domicile contre San Lorenzo, devenant la risée des hinchas canallas. Nul doute que pour le retour, ils leurs réserveront une petite banderole. Voici pour la petite histoire.
Le stade des canallas, vraiment très sympa (= L'ambiance doit être être
électrique!
Après trois jours à Rosario, direction Cordoba.
Et pour conclure, quel est ce bâitment quelconque?
Attention je vous le donne en 1 000... Et bien la maison du Che! Ca valait le
coup d'oeil...
Hum… Cela faisait si longtemps que je n’étais pas venu sur mon propre blog que j’ai mis un quart d’heure à retrouver mon
identifiant et mon mot de passe. En effet, cela fait des lustres que je n’ai rien écrit et les derniers articles étaient essentiellement consacrés au foot. Entre temps l’espagnol ayant fait
ses ravages, j’ai perdu l’habitude de parler français. Les fautes vont donc s’accumuler, je ne le crains, et le style d’écriture sera plus lourd, plus abrupt. Qu’importe, vous n’êtes pas là pour
lire du Flaubert mais pour en apprendre un peu plus sur l’Amérique du Sud. Vous avez de la chance, j’ai une myriade de choses à vous raconter, et pratiquement pas de foot, qui seront totalisées
dans plus de 7 articles (vous en avez de la chance). Et, parce que je ne fais jamais les choses à moitié, vous aurez droit à tout plein de photos.
Alors, pour les rares personnes qui ne le savent pas, je suis en vacances depuis le 1er décembre et ce
jusqu’au 8 mars. Je profite donc de mon temps libre pour vagabonder de droite à gauche dans tout le sud de l’Amérique du Sud. Je vous prierais de prendre une carte, pour les plus courageux
d’entre vous, afin de savoir quel itinéraire j’ai emprunté (vous avez vu à quel point je fais preuve de mansuétude, je vous fais participer ! Abrazo Argentina ou le premier blog
interactif) :
Bibi, en compagnie d’une amie de l’Iéseg nommée Lucile, a décollé le 7 décembre pour aller à l’Ouest de Buenos Aires
jusqu’à Rosario où il est resté jusqu’au 10, ensuite il s’est permis un court passage à Cordoba avant de rallier dans la foulée Mendoza pour trois journées. Après cette semaine de repos, nous
sommes rentrées à Buenos Aires trois jours et demi car j’avais un petit problème avec une matière (que j’ai brillamment échouée au passage, mais passons). Pour ceux qui suivent l’actualité en
France, le Dakar a copié mon itinéraire et pris la même route que moi... Pourquoi le choix de ces 3 villes ? Tout d’abord parce que ce sont les 3 plus grandes du pays après Buenos Aires, ce
qui n’est pas rien. Ensuite, l’itinéraire est plutôt court (10h de bus en moyenne, ce qui est court ici) et que je voulais voir comment étaient les argentins ailleurs qu’à Buenos
Aires.
Passée l’étape de Buenos Aires, nous reprîmes la route en direction de Salta, ville au Nord-Ouest du pays, près de la
Bolivie. Nous n’y passerons qu’un jour, la ville ne servant de tête de pont que pour la Bolivie durant notre trajet. Un petit mot sur Salta, de toutes les villes que j’ai visitées, c’est celle
que je préfère. Un véritable diadème dans ce marasme géant que représente l’Argentine. Néanmoins, je vais y retourner plus tard avec mes parents, donc je vous parlerai plus en détails de cette
ville et de la région un peu plus tard. Pour la suite, direction la Bolivie et la région du Potosi…
Beaucoup de mes compagnons d’échange ce semestre sont allés là-bas et les récits, plus dithyrambiques les uns que les
autres, m’ont convaincu d’y aller. Ce que j’ai vu là-bas fut à couper le souffle, aussi bien au niveau des paysages que de l’humanité des gens. Mais un peu de patience, vous aurez tout ça raconté
et brodé avec soins. Petite parenthèse, nous partîmes de Buenos Aires le 17 décembre pour arriver en Bolivie le 19. Nous repartirons ensuite le 24 pour arriver au Chili le
jour-même.
Le passage de la frontière entre la Bolivie et le Chili sera probablement l’un des événements les plus amusants à vous
raconter. Pour les plus perspicaces d’entre vous, vous remarquerez que j’ai passé mon Noël chez le frère, ou ennemi, chilien. Plus précisément, dans le petit village de San Pedro de l’Atacama. Là
encore, ce qu’on y a vu se passe de tout commentaire tant la beauté des paysages ne peut que nous laisser sans voix. Même dans vos rêves les plus fous vous ne pourriez tracer les contours des
joyaux que nous avons approchés… Aucun problème, cette fois-ci on ne m’a pas volé mon appareil photo.
Puis le retour à Salta, toujours elle, le 28 décembre avant de définitivement rallier Buenos Aires le 29. Mon amie
retourne au Mexique, j’ai à peine le temps de passer le réveillon qu’un ami à peine débarqué de France m’emmène le 5 décembre en Uruguay où je vais passer une semaine de vacances, réelle cette
fois-ci, sur les plages de Punta del Diablo. Pas d’excursions ni quoi que ce soit donc peu de photos et pas grand-chose à se mettre sous la dent niveau récit… Mais j’ai quand même deux-trois
petits trucs qui vont parfaire votre érudition.
Et nous voici donc le 14 janvier, cela fait donc deux jours que je suis rentré. J’en profite donc pour vous écrire au
moins 1-2 articles, histoire de vous mettre en appétit. Mes parents arrivent le 19 et le 20 direction Ushuaïa, le bout du monde (ça fait rêver hein). Pour information, Ushuaïa, en Argentine, se
prononce « Ussuaïa ». Vous pourrez toujours vous amuser avec votre entourage (je vais bien me marrer moi d’ailleurs dans 5 jours hihihi). Après, on prendra notre envol pour El Calafate,
je ne vous dis rien de ce qu’on va faire là-bas, je ne vais pas tout vous raconter en avance non plus. Puis, Bariloche aura le plaisir de nous accueillir, ou l’honneur c’est selon. Bariloche la
magnifique siégeant au milieu de nulle part, encore une pépite du pays des gauchos, décidément cela commence à faire. Bariloche cèdera ensuite sa place à Salta et la région des Calchaquies, si je
ne me trompe pas dans l’orthographe, pour dévêtir la belle. Enfin, nous plongerons vers le Nord-Est du pays où les 200 chutes d’Iguazu, qui ne seront probablement qu’au nombre de 30 vu la
chaleur, tenteront de nous laisser bouche-bée de leur grandeur. Je tiens le parie qu’elles y arriveront sans peine. On les compare souvent à Niagara, une qualité supérieure et dix fois moins de
touristes… Et le 7 janvier, retour dans la ville des merveilles, dans l’âme de l’Argentine, dans le cœur de tous mes fantasmes, dans la pierre angulaire du paradis sud-américain :
Buenos Aires, ma ville chérie. Pendant 4 jours, je donnerai à mes pauvres petits parents un aperçu du chaos argentin, ça ne sera pas triste jajaja !
Et pour la suite ? Seul à partir du 12 février, j’ai pour projet de repartir vers l’Ouest en direction de Santiago.
Si le temps me le permet, je reviendrai pour faire un tour dans les missions jésuites du Nord qui bordent le Paraguay. Enfin, nous partirons tous de nouveau en vacances pour aller à Mar del Plata
(ben oui quand même) mais quand il n’y aura personne, début mars. Ensuite, les cours reprendront (ce qui n’empêchera pas de nouveaux voyages mais pour l’instant considérons que le périple
s’arrête à Mar del Plata).
Voilà, pendant que vous profitez des -10° du froid hivernal français, je me prépare à vous conter mille et une merveilles
sous la chaleur écrasante de 35° m’empêchant de dormir. J’essaierai au moins d’aller jusqu’à Mendoza avant de partir. Vu ma productivité légendaire, comptez la fin du récit vers fin mars
(j’aurai fini d’ici là car le 21 mars il y a Boca – River, le retour, et je ne pourrai pas manquer de vous le raconter héhé).
Vu que je suis en forme, je vous écris l’article de Rosario dans la foulée. Et si j’ai le courage, je vous mettrai une
carte avec l’itinéraire. Je vous glisse juste une anecdote, que j’ai apprise à Mendoza, sur la politique vénézuélienne de Chavez qui marche tellement bien, qu’à l’heure actuelle, au Venezuela, 1L
d’eau vaut plus cher que 60L d’essence, soit un plein pour un 4x4. J’essayerai de vous en raconter quelques-unes de ce genre, toujours intéressant à savoir.
Jejeje… Il paraît que je manque à mes admirateurs ? Bon, je vous avoue que l’objectif du début n’a absolument pas
été respecté, comme vous avez pu le voir. J’espère que certains n’ont pas passé deux mois en allant sur ce blog tous les jours parce que les pauvres ont dû désespérer. Alors mille excuses, je me
rattrape partiellement aujourd’hui. J’ai, comme vous vous en doutez, une tonne de choses à vous raconter. Plusieurs formats s’offrent à moi : un long article, un article coupé en deux (une
partie sur la vie pratique, une partie sur le super clasico) ou une série d’articles évoquant chacun un thème précis. Le dernier me paraît ce qu’il y a de mieux mais un peu trop risqué à cause de
ma fainéantise aigüe. C’est pourquoi je vais vous faire un super article (et j’écrirai un peu plus souvent). Première bonne nouvelle : j’ai un nouvel appareil photo (merci papa, merci
maman). Je vais donc pouvoir illustrer mes écrits, et j’ai déjà des images en tête. Pour l’heure, pas de photos, juste du Olivier dans toute sa splendeur.
On commence par ma colocation. Celle-ci s’est vue révolutionnée par l’arrivée d’une Argentine en lieu et place d’une
chilienne partie vivre avec son copain. Je vis désormais avec un équatorien, une chilienne, une colombienne et une argentine… Ce petit aparté va me permettre de vous expliquer un peu la culture
latino et surtout les argentines. En deux mois de colocation, je n’ai jamais vu quelqu’un se coucher avant 00h00, même s’il avait cours le lendemain. La cuisine sent presque constamment l’odeur
des cordons bleus s’attelant à la tâche et les filles avec qui je vis sont vraiment folklores. En prime, le samedi on fait généralement des repas à thème (sushi, tacos…) où un ami colombien, chef
de profession, vient nous préparer des plats maisons. Le tout bien arrosé bien entendu ! Alors la partie marrante de la colocation est que je sois français. Lorsque nous parlons de
nourriture ou culture, je ne peux pas m’empêcher de l’ouvrir (c’est plus fort que moi) en disant qu’en France on a ce qu’il y a de mieux. Clamant haut et fort que le vin argentin s’apparente à du
vinaigre, que le fromage ici n’est qu’un pâle ersatz du vrai produit (les italiens me soutiennent), que les françaises sont bien mieux que les latines (je m’expliquerai) ou encore que notre
patrimoine est de loin ce qui se fait de mieux en la matière (le mot mieux revient souvent). Alors bien entendu, je ne pense pas la moitié de ce que je dis (sauf pour le vin et le fromage), mais
les latinos ont le sang chaud et les provoquer est un vrai régal. Ainsi, croyez bien que j’honore le français dans toute sa splendeur : arrogant, critique et épicurien (je leur ai appris le
mot en espagnol…). Moi ça me fait mourir de rire de les voir s’exciter chaque fois que je vante les mérites de ma contrée, eux ça les amuse de me voir débiter mes conneries d’européen. Je vous
rassure on s’entend très bien. Pour information, à l’unanimité, la cuisine péruvienne est la meilleure du monde avec plus de 500 spécialités différentes, surtout dans les fruits de mer. Donc,
vous savez ce qu’il vous reste à faire chers amis…
Mais l’attractivité de ma colocation demeure dans l’arrivée de mon argentine. Je l’adore ! J’ai rarement connu une
femme avec un tempérament pareil : susceptible au possible, folle à lier, très bonne répartie, encore plus fière qu’un hispanique ou un corse et qui en prime adore la culture française.
Alors je vais vous expliquer pourquoi je l’adore : la provoquer est probablement le moment le plus jouissif de chacune de mes journées passées ici. Il suffit que je lance une petite critique
sur l’argentine pour que la demoiselle me fusille du regard, me tance en espagnol et lance des sarcasmes à l’encontre de la France. Un régal ! Mais ce qu’il y a encore de plus drôle, c’est
que la mina elle adore vous dire à quel point vous pouvez être con ou stupide dans certaines situations. Or, moi, étant français, elle m’épargne. Par contre, mon coloc’ équatorien… J’ai rarement
vu quelqu’un se faire réprimander (gentiment ceci dit) autant. Le pauvre, s’il dit une connerie, il se fait mitrailler par deux yeux perçants prêts à dégainer. Il préfère encore ne rien dire
plutôt que de se lancer dans une vaine bataille. Et, aimant particulièrement le chambrer, je me joins à elle par moment. C’est très drôle parce que quand on se retrouve à trois, les sarcasmes
fusent. J’ai eu droit au même genre de réaction avec notre amie Laura fraîchement revenue de France. Alors Laura, la France c’est mieux non ? Hihihi je me suis fait incendier. Au passage,
elle m’a dit que les français étaient moribonds dans la rue, ils n’ont pas cette joie de vivre qui les différencie du voisin espagnol. J’ai essayé de nous défendre comme j’ai pu mais difficile de
contrecarrer une vérité. Ceci dit, je ne vous parle pas de tout cela par hasard. Dans un de mes premiers post, je vous avais parlé de la femme argentine, de son comportement, sa façon d’être…
Depuis, j’ai revu ma position et j’ai surtout changé d’avis. Selon Laura, les argentines sont folles (ce n’est pas moi qui l’ai dit). Je la rejoins en rajoutant, comme ils le disent tous ici,
qu’elles sont hystériques. Et je déconne pas, il faudrait les enfermer parfois. Bref, il vaut mieux agir avec des pincettes… Mais ceci dit, quand on voit comment se comportent les argentins, on
peut les comprendre. L’espace privé, l’intimité, sont des mots qui n’existent pas ici. Lorsqu’un argentin vous parle, après vous avoir fait la bise, il vous touche et vous malaxe. Ainsi je
comprends ce que ressent de la pâte à modeler dans les mains d’un gosse de 7 ans (Claude doit être un argentin qui s’ignore… ). Mais dans leur manière d’être, ils sont plutôt…directs !
A tel points que les argentines me disent qu’il faut frapper pour qu’un type comprenne qu’il ne les intéresse pas. Je vous le dis, c’est un pays de fous. Ceci dit, les gens sont
charmants.
J’ai décidé de briser ma routine en ne prenant le métro que le matin. En effet, c’est une vraie merde (appelons un chat,
un chat). Rarement à l’heure, rempli de monde, idéal pour les pickpockets, lent et franchement insupportable, j’ai opté pour le bus. Décidément, j’adore ce moyen de transport. Vous sautez du bus
qui roule encore pour pouvoir descendre, vous êtes balancés dans tous les sens, impossible de savoir où vous allez ni à quel arrêt vous arrêter. Mais honnêtement, c’est assez fun. La dernière
fois, un type appelle le bus de la main pour qu’il s’arrête, le bus ralentit, il était encore à 20m de l’arrêt. Le type en profite pour dire au revoir à ses amis. Erreur ! Le chauffeur a
ré-accéléré s’en prendre la peine de s’arrêter. J’étais explosé de rire. Je trouve que les transports en commun sont une belle vitrine de l’Argentine : un vrai bordel mais tellement joyeux
qu’au final, si c’est le chaos total, il fait bon vivre là-bas.
Par contre, c’est pour les argentins que la vie est particulièrement difficile. Car si notre amie Laura est
particulièrement privilégiée, on ne peut pas en dire autant de la majorité des gens. Je discutais avec une femme de 36 ans dans mon cours de contrôle de gestion dont la moitié des étudiants doit
avoir plus de 30 ans. Elle m’expliquait que les gens travaillent et étudient en même temps et qu’ils pouvaient étudier longtemps ou reprendre leurs études afin de trouver un meilleur emploi.
Elle, par exemple, travaille dans une entreprise depuis l’âge de 18 ans tout en faisant ses études à côté. Pas évident ! Pire, la UADE (l’université où je suis) est extrêmement bien lotie.
Elle m’a alors appris que la faculté de médecine et la UBA (université de Buenos Aires) étaient très très réputées. En effet, les profs viennent quand ils veulent, c’est à peine s’il y a des
chaises, il faut parfois s’asseoir sur le sol pour étudier, il n’y a absolument pas d’argent ! C’est véritablement incroyable (car Buenos Aires, si elle n’est pas riche, n’est pas
ultra-pauvre non plus). Elle me racontait que pour obtenir un livre ou pour suivre une classe, c’était la galère, chaque fois. Ainsi, les gens qui arrivaient à être diplômés dans de telles
conditions ne pouvaient qu’être intelligents (et très débrouillards). Et dire que ces universités tiennent leur réputation grâce à leur insalubrité, tout simplement ahurissant.
Passons à quelque chose de plus joyeux : la nourriture argentine. Je persiste et signe qu’elle n’est absolument pas
riche. Et tous mes colocs’ me le disent, culinairement parlant, ce pays est pauvre. A part la viande, sans déconner elle n’est pas si incroyable que cela ou alors j’ai jamais eu de chance, on ne
peut pas dire que le pays soit un repère de cordons bleus. Néanmoins, j’ai découvert un plat absolument fantastique : le matambre (mata hambre qui se traduit par : tue-la-faim). C’est
un espèce de ragoût de viande et d’oignons verts avec du vin blanc dedans et d’autres trucs. Absolument divin. Je vous le recommande vivement, c’est particulièrement riche (dans les deux sens du
terme).
A l’heure argentine : oubliez la ponctualité. Il y a deux mois de cela, un ami argentin me disait : « les
européens me font rire, ils arrivent ici, ils sont toujours super ponctuels. Cinq mois après, ils sont encore plus en retard que nous ». Au moment où il m’a dit ça, j’ai rigolé en lui disant
que je l’étais et que ça ne risquait pas de changer. J’ai encore loupé une occasion de la fermer. Le fait est que lorsqu’un cours commence à 7h45, j’arrive à 8h00 tranquillement en me disant que
de toute façon j’aurai 15min d’avance sur le prof. Puis ça passe à 8h15… Pareil pour les fêtes, rendez-vous à 21h ! Ca marche . Et bien entendu, arrivée à 00h00 ou 1h00 du matin. Lorsqu’un
rendez-vous est fixé, j’ai de plus en plus de mal à être à l’heure. Et il ne me vient même plus à l’idée de m’excuser pour mon retard… Ca m’inquiète franchement… Je sais pas comment je vais faire
quand je vais revenir héhé. Comme prévu, le bracelet de ma montre a cédé. Et en réalité, j’ai toujours pas remplacé ma montre. Là où en France j’aurais aussitôt accouru pour avoir un nouveau
bracelet, ici je me sers de moins en moins de ma montre. Le temps est une notion abstraite et comme disait Goethe : « rien n’a plus de valeur qu’aujourd’hui ». Alors ça ne
sert plus à rien d’avoir une montre. Ah oui, papa, maman, si j’ai du retard en venant vous chercher à l’aéroport, vous en faîtes pas, c’est normal… Je comprends maintenant pourquoi on dit que le
stress est une maladie à l’européenne... C’est pas un argentin qui en mourrait, croyez-moi.
Petite parenthèse, on me dit souvent : Vous les européens. Et non vous les français. Pour un latino, un français, un
italien ou un espagnol est un européen. Apparemment il n’y a guère qu’eux pour avoir assimilé qu’on était davantage européen… Je trouve ça marrant. Sinon, la Dengue serait à Buenos Aires. Pour le
moment, j’ai vu des panneaux d’information. Le pire c’est que ça m’inquiète autant que la grippe a (c’est-à-dire pas du tout). Bien que la ville soit calfeutrée de panneaux de
prévention…
Vous l’aurez compris, ici le rythme de vie est tranquille (je n’utilise pas ce mot par hasard). En plus, le temps
s’améliore de jour en jour et il commence à faire chaud. Lorsque quelque chose ne va pas, on hausse les épaules en se disant qu’il y a bien une solution, ça ne sert à rien de s’inquiéter. C’est
un peu comme quand vous prenez le bus en Argentine, vous ne savez pas vraiment où vous allez, vous verrez bien. En attendant, c’est marrant et vous aimez bien. Alors bien entendu, tout n’est pas
rose. On s’est tous fait voler quelque chose au moins une fois et une amie s’est fait braquer par un taxi qui avait un flingue. Mais, devant la vague de problèmes que traverse le pays, il fait
bon y vivre. Je serais incapable de vous expliquer pourquoi, c’est ça le pire. Il y a peut-être mille fois plus de problèmes qu’en France. Mais les gens sont heureux dans l’ensemble ou, du moins,
ils respirent la joie de vivre. Bon bien entendu, certains mauvais côtés me font bondir. Mais en général, c’est agréable d’être ici. Sans déconner, vous êtes à un café dans la rue, vous
interpellez la personne d’à côté, 9 chances sur 10 qu’elle vous dise : « Oh mais tu viens d’où toi ! De France ! Tu parles bien espagnol ! C’est parfait, parle-moi de ton
pays ! Ah ici c’est vrai que c’est différent mais on est comme ça nous tu sais, c’est ainsi, tu nous changeras pas. » (et tant mieux). Bref, je résume, mais c’est l’esprit des
conversations alors qu’en France c’est à peine si vous pouvez demander l’heure. En fait, à part pour la nourriture, c’est vraiment facile de s’adapter en Argentine. Je vais aller faire un tour du
côté des plages Piñamar ou Villa Gesel en Novembre. Je me ferai un plaisir de vous conter tout ça pendant que l’hiver approchera du côté de chez vous…
Voilà pour un aperçu global de la façon de vivre ici. Bien sûr, je me suis répété, il y a des choses que j’avais déjà
dites. Mais tous les points soulignés me paraissent importants. A venir, les visites de Puerto Madero et San Telmo ainsi que des photos (enfin). Maintenant je vais vous parler de la
8ème merveille du monde : River – Boca. (c’est très important le foot).
Un argentin ne risque pas l’infarctus étant donné que le stress n’existe pas. Au vue des dernières prestations de
l’albiceleste en éliminatoire et la qualification de justesse, il ne faut vraiment pas être cardiaque… A peine remis des émotions avec la sélection que le derby le plus chaud du monde (en fait
non, c’est independiente – racing, appelé également le clasico de Avellaneda. J’en suis sûr, c’est encore mieux !) faisait déjà la une de toutes les télévisions du pays. Depuis une semaine,
les journaux du pays ne parlent que de ça ! Et bien entendu, j’étais comme un fou après avoir obtenu une place pour le précieux sésame !
C’est donc avec 300 intercambios que je suis parti voir le match au Monumental, le stade de River, dans la popular de
River (j’étais frustré). On m’a dit de ne pas porter le maillot de Boca ainsi que de pas dire que j’étais fan de l’équipe boquense, sinon les supporters me tueraient. Les argentins me font rire
quand ils me disent ça… A croire qu’ils nous prennent vraiment pour des cons parfois. Bref, le stade est bien plus grand que la Bombonera, pas pour rien que la sélection y joue, et ne se situe
pas en plein quartier au cœur des maisons. Après avoir passé une dizaine de barrages avec des policiers en panique, nous pénétrons dans l’enceinte. Le stade est vraiment beau ! Encore une
fois placé derrière les buts, on voit très bien. En plus, les 90% du stade s’était paré de blanc et rouge, couleur des gallinas de River. Avant la rencontre, on assiste à un match des deux
réserves. Il n’y a pas encore beaucoup d’ambiance malgré que le stade soit comble ! Même si à chaque fois que les attaquants réservistes de River s’approchent du but de Boca on entend des
« Wooooooooooooooh » ! Puis, arrive l’équipe de River ! Les poules entrent sur le terrain et aussitôt tout le public se met à chanter. La pluie de papier habituel vient
inonder le ciel. Les chants résonnent et tout le stade s’accorde à l’unisson pour encourager ses joueurs. La capacité doit être d’environ 60 000 personnes je pense (à vérifier), 55 000
personnes chantant la main sur le cœur, ça vous prend au trip. Bon bien évidemment, je ne chante pas et étant dans la popular de River, je me fais petit. Tous les intercambios chantent et dansent
et encouragent River à l’exception de 2-3. Ceux-là même qui chantaient en faveur de Boca lors du match de Newells. C’est un peu ce qui me désole, et on m’avait prévenu, quelle que soit la couleur
de l’équipe, les gens viennent se divertir et assister à un match. Ils soutiennent l’équipe qui joue à domicile. Si le fair-play et la sportivité peuvent être loués, je fustige cette attitude
comme chaque véritable fan. Un supporter de Boca ne soutiendra jamais River et la réciproque est vrai. Ce match reflète une histoire qui existe depuis la nuit des temps : les riches contre
les pauvres. C’est bien plus qu’un match de foot, c’est l’affrontement entre deux idéaux, deux manières de vivre, deux histoires, deux clans de Buenos Aires. Et plutôt que de le faire avec les
couteaux, c’est 22 personnes qui vont décider quel clan sera vainqueur pendant 6 mois. Et quel clan pourra parader devant l’autre. Alors voir des touristes chanter pour un truc qu’ils ne
connaissent pas, juste parce que c’est fun, ça me désole. C’est pour ça que le derby de l’Avellaneda vaut plus le coup selon moi, il n’y a pas de touristes, seulement des
fans !
Bref, mon voisin mexicain de gauche, celui-là même qui supportait Boca un mois auparavant, me dit qu’aujourd’hui il sera
pour River. Il rajoute également que je suis ennuyeux à ne pas chanter et à ne pas danser. J’ai préféré me taire plutôt que de m’énerver. Si tous les gens faisaient pareil, tout le monde
supporterait des équipes victorieuses et les stades seraient des salons de thé sans rivalité… Les argentins à côté de moi, les vrais fans respirent la haine de Boca tout comme je peux les
détester parce qu’ils sont de River (mais je la ferme parce que sinon ils me tuent). C’est ainsi, c’est le football, et c’est beaucoup plus beau et noble que ce que les gens peuvent penser.
Pénètrent alors sur le terrain les joueurs de Boca Juniors ! Aussitôt une bronca vient les accueillir, des sifflets à n’en plus finir traduisant la haine des millonarios de River pour les
bosteros de Boca. Et le match commence sous les fumigènes, les pétards et les papiers qui virevoltent dans les airs. En face de nous, la tribune des hinchas de Boca. Ils ne sont que 4 000
mais on les entend chanter ! 4 000 contre 50 000 ! Et à ma grande surprise, les fans de River leur répondent mais ne mènent pas les chants alors qu’ils sont en surnombre.
Néanmoins, le déroulement de la partie va raviver la voix des supporters de River. Ortega, attaquant de River, s’enfonce dans la surface et un défenseur de Boca ne trouve pas meilleure solution
que de lui faire un superbe croque-jambe : penalty. Le stade exulte ! Ortega s’en charge, je crois que ce fut lui, une formalité. Les fans de River sont en extase. Ortega le tire,
but ! Non ! Abbondanzieri, le gardien de Boca le sort, les supporters de River sont dépités. Moi, j’avais déjà la tête baissée. Quand je vois le gardien sortir le penalty, je jubile
intérieurement. A côté de moi je regarde les fans, je les respecte vraiment. Ils sont à fond pour leur équipe, vivent ça au plus profond de leurs trippes. Et même si c’est le clan adverse, on ne
peut que les respecter. Et malgré ce coup du sort, ils continuent de chanter car ils espèrent… Boca est sous-pression en première mi-temps et un tir rasant le poteau vient confirmer cette
impression. Pongan huevos, merde ! Pensai-je intérieurement (je vous traduirai pas). Vers la 30ème, mes craintes sont confirmées, coup-franc excentré à l’entrée de la surface.
Gallardo le frappe, pleine lucarne. Le stade exulte, des cris de joie remplissent les travées. La liesse générale provoquée par ce but plonge le stade au bord de l’hystérie. Les chants redoublent
d’intensité, les supporters de Boca ne se font plus entendre. Les joueurs de River se sentent pousser des ailes et Boca souffre vraiment. Merde pensai-je intérieurement. A la mi-temps, les
joueurs de Basile, entraîneur de Boca, regagne les vestiaires la tête basse. Le public est chaud bouillant ! Au début de la deuxième mi-temps, une pluie de papier s’abat de nouveau, on ne
voit même plus le terrain…
L’entame de la seconde période est à l’avantage des joueurs boquenses qui ont décidé de réagir. Coup du sort, Riquelme
lance Gaitan, attaquant de Boca, qui se joue du dernier défenseur de River. Ce dernier ne peut rien faire d’autre que de le sécher d’un tacle bien appuyé. L’arbitre sort un deuxième jaune, le
défenseur de River finira le match dans les vestiaires. Toujours intérieurement, je savoure ce moment… durant 5 petites minutes. Le ballon sort en touche, un milieu de terrain de River ne veut
pas donner la balle à Caceres, défenseur de Boca, pour qu’il la joue rapidement. Ce dernier, très intelligemment, lui fout une gifle. L’arbitre le sort immédiatement. Quel con ! Et voilà, 10
contre 10… Mais comment lui en vouloir ? Les joueurs sont formés dans les clubs, ils sont rarement issus de transfert. De ce fait ils sont imprégnés de la haine ambiante ! Ils veulent
gagner, coûte que coûte ! Dans un match Boca – River en junior, l’arbitre a expulsé 7 joueurs suite à une bagarre générale de 9 min… Et ces mêmes juniors se retrouveront 4 ans plus tard au
Monumental pour se livrer bataille à nouveau, c’est ainsi que ça fonctionne. Les supporters de Boca se font entendre, malgré la défaite qui s’annonce. Je commence à trouver le temps long,
rongeant mon frein, prêt à me faire chambrer par tout le monde suite à mes nombreuses provocations de la semaine (j’avais annoncé haut et fort que Boca mettrait une raclée à River). Lorsque
soudain, Riquelme, encore lui, transmet à Mouche, ou Gaitan, dans la surface qui remet immédiatement en talonnade sur Palermo, l’attaquant historique de 36 ans de Boca Junior. Ce dernier ne se
fait pas prier pour transformer l’offrande d’un extérieur du droit qui vient se loger dans le petit filet d’un gardien de River trop lent à sortir. Yes ! Le plus frustrant fut de ne pas
pouvoir crier. Une intercambio, elle aussi fan de Boca, me glissa un sourire en coin : oh oui on s’est compris. Les 4 000 hinchas de Boca s’approprient le stade : on n’entend plus
qu’eux ! Et on n’entendra plus qu’eux jusqu’à la fin ! A part sur une contre-attaque de River et une énorme erreur de la défense de Boca où gallardo trouvera le poteau, Boca dominera
allégrement jusqu’à la fin du temps réglementaire. Le génie, Riquelme, manquera de peu un but sur un coup-franc finement joué. Viatri se fera reprendre par la défense de River alors qu’il était
en face à face avec le gardien, ratant son contrôle et ainsi l’occasion d’humilier River sur son terrain. Mais à vrai dire, la fin du match, je l’ai à peine observée. Je regardais avec admiration
les fans de Boca et de River qui chantaient et se répondaient. C’était juste magnifique, les fans de Boca donnaient de la voix et ceux de River rétorquaient aussitôt. Comme si le match n’avait
aucune importance, comme si le fait d’asseoir sa domination dans les tribunes relevait du vital. Sous un crépuscule naissant, les deux clans de supporters chantaient et chantaient, et ce, jusqu’à
la 90ème minute. A la fin, les fans de River applaudirent leur équipe. Et ceux de Boca ? Hilares, ils ne s’arrêtaient plus d’hurler leurs hymnes ! On n’entendait plus
qu’eux ! Et bien que les fans de River diront que c’est stupide, c’est bel et bien Boca qui sort vainqueur de ce duel. D’une part, ils ont gagné la bataille des tribunes, d’autre part, faire
match nul sur le terrain du rival s’apparente à une victoire. Ils pourront faire la fête à la Bombonera, ce derby était le leur ! Malheureusement, on ne retiendra que le
résultat…
Une fois l’enceinte du stade quittée et plus aucun fan de River autour de moi, je me lançais dans une provocation avec
les intercambios, en essayant de leur expliquer à quel point leur équipe de gallinas ne valait rien. Les rares fans de Boca étaient en tout point d’accord avec moi. Et à ce jeu du « je
te déteste moi non plus », je suis particulièrement doué pour irriter mon petit monde. Et si l’ambiance n’a rien de comparable avec un stade de ligue 1 tant elle est bouillante, je reste sur
ma faim. Le stade de River, bien que plus grand, manque d’énergie et de ferveur. J’ai hâte d’être au semestre prochain et d’aller voir ce match à la Bombonera. Ce sera une autre histoire… Et
cette fois-ci, Boca gagnera ! Néanmoins, je vais essayer d’aller voir Independiente – Racing. Et je soutiendrai Racing bien entendu (c’est l’équipe de Laura). Apparemment, il y aurait
davantage de passion !
A tous ceux qui n’aiment pas le foot, désolé de prendre autant de temps à raconter ces matches-là. Mais River – Boca est
une institution ici, c’est quelque chose de très important. Le pays était presque à l’arrêt durant cette semaine… Mais promis, dans mes prochains posts, je ne parlerai plus de football. C’est
juste que là, je ne pouvais pas passer outre. Allez hop, photos et vidéos en prime :
La popular et ses fameuses banderoles verticales. Je n'étais pas placé là
;)
Le début du match avec la pluie de papier qui vient de tomber et les fumigènes! Les
supporters sont chauds bouillant!
Une banderole de Boca qui stipule qu'il n'existe qu'une Doce dans ce pays et sans équivalence possible: la leur!
Le but de Gallardo
Le but de Boca face à Newell"s histoire que vous voyiez la différence
Je vous préviens tout de suite, dans cet article je parle de foot, et de la Boca! Les trois larons, alias Nunudu75,
Claude et mon beauf, vont adorer! (champi et beber aussi accessoirement).
A ceux qui ne le savaient pas encore, et ils doivent se compter sur les doigts de la main, aujourd'hui j'allais pour la première fois dans l'un des quartiers les plus réputés, et l'un des plus
pauvres également, de Buenos Aires : La Boca. Et ce pour aller voir l'équipe que je soutiens depuis plus de trois ans et demi : Boca Juniors (pour information, le club le plus titré du monde
derrière Milan). Bref, après avoir revêtu mon maillot de Boca, direction la plaza de Mayo pour prendre un bondi, ou bus si vous préférez, avec une trentaine d'intercambios. Hihi, un quilombo
total! Après 15 minutes de trajets durant lesquelles les rares beaux immeubles de Buenos Aires se sont éclipsés pour laisser place à un panel d'édifices aussi délabrés et décrépis les uns que les
autres, nous arrivons à bon port, au "Caminito". Le Caminito est le graal pour les touristes venant à la Boca : C'est une rue pavée de maisons colorées très typiques, avec beaucoup charme. Bon
c'est un lieu pour touriste, c'est sûr, mais là il n'y en avait pas : D'une part parce qu'on était le soir et qu'il ne faut jamais aller à la Boca le soir, d'autre part parce qu'aujourd'hui Boca
jouait! Après une brève visite, honnêtement c'est très mignon mais ça ne sert pas à grand-chose de s'y attarder, nous nous entassons tous dans un bar pour boire de la bière. La propreté du bar
laisse à désirer mais un argentin qui nous accompagne nous dit que ce sont là les charmes de la Boca...
Vers 19h00, 1h30 avant le coup d'envoi, nous décollons et nous dirigeons vers le stade qui se situe en plein dans le quartier, au milieu de toutes les maisons! Hallucinant! A partir de là, nous
passons devant les hinchas (fans) de Newells (l'équipe adverse), franchissons 4 barrages de flic, nous faisons fouiller trois fois et arrivons au stade. Alors, pour faire simple, dans un stade
vous avez les latérales et les tribunes derrières les buts. Le mieux ce sont les latérales. Bien entendu, j'étais derrière les buts. Mais, je ne le regrette pas et vous allez comprendre pourquoi.
Le stade, d'une capacité de 40 000 places, a été construit de telle façon que les tribunes sont très droites et très proches de la pelouse. En étant derrière les buts, vous vous trouvez vraiment
très très près du terrain. Et vous voyez tout, mais absolument tout de manière impeccable. Et de la vient son nom de Bombonera (chaudron) car les tribunes sont tellement proches que les joueurs
ont l'impression que le public peut leur sautait dessus à chaque instant, c'est ce qui en fait un stade particulièrement craint par les visiteurs. Le second avantage d'être derrière les buts,
c'est pour la population qui vous entoure, alors que les latérales sont réservées aux riches ou aux touristes qui ont eu des places, derrière les buts on retrouve le kop de supporter (la doce) et
le milieu populaire. Nous n'étions pas dans la doce, où là ce sont les fans purs et durs de Boca, mais nous étions dans la tribune en face. Le point noir, du moins au début, c'est que dans les
latérales les places sont assises, dans les tribunes populaires, vous êtes debout pendant 2h. Alors, en réalité, c'est exceptionnel. De toute façon, vous ne restez pas assis à la Boca, tant
l'ambiance est fascinante : ce match, c'est debout qu'il faut le voir, à l'instar d'un concert.
Avant le match, la Doce prête à enflammer la Bombonera!
Le temps passe et le stade se remplit. Le problème : nous sommes jeudi. Donc le stade n'est pas plein, sauf les tribunes
populaires qui sont pleines à craquer. Et comme il y a Argentine - Brésil ce samedi, il manque des joueurs importants des 2 côtés (6 au total). Pour finir, à propos du fameux Argentine - Brésil,
à 2 jours du coup d'envoi, je suis condamné à le voir dans un bar... L'organisation des argentins c'est tellement le bordel. Mais j'aime bien. Bref, nous sommes tous debout, à côté de nous il y a
plein de gens qu'on ne connaît pas et qui commence à chanter. Dix minutes avant le coup d'envoi, la doce entame les chants et lorsque le coup d'envoi est donné, tout le stade d'une seule voix se
met à entonner :
"Boca, mi buen amigo, esta campaña, volveremos a estar contigo, te alentaremos de corazon, esta tu hinchada que te quiere ver campeon, No me importa lo que digan, lo que digan los demas, yo te siguo a todas partes, cada vez te quiero mas"
Tout le monde sautille en se tenant les épaules, le stade tremble! C’est ce qu’on appelle les « latidos » de la
Boca (latidos se traduit par battements du cœur). Ici il faut comprendre que la ferveur des supporters est telle, que le stade tremble à l’unisson de la même manière que les battements du cœur
humain. Des milliers de papier et de banderoles sont jetés dans les airs et les voix résonnent encore et encore pour pousser Boca. A ce propos, vu qu’on est dans la populaire, on peut se mettre
où l’on veut mais nos amis argentins nous ont dit de bien rester sous le toit ! En effet, au-dessus de nous, ce sont les supporters de Newell’s. Autant dire qu’il ne vaut mieux pas s’y
risquer malgré la présence policière.
Corner
pour Boca, l'intensité redouble!
Concernant le match, il ne restera pas dans les anales. Une première mi-temps soporifique tandis que la deuxième a été
plus rythmée par intermittences. On retiendra la prestation de Riquelme, et tout le stade chantant « Riqueeeeeeeeeeeel Riqueeeeeeeeeeel Riqueeeeeeeeeeeel », qui nous a gratifiés de
quelques gestes techniques et passes lumineuses (mais il n’était pas à son top). Alors que la monotonie des chants gagnaient le stade et que l’on commençait à trouver le temps long ;
un centre perdu de l’ailier de Boca arrive dans les pieds de Viatri, attaquant de Boca, suite à un arrêt du gardien de Newell’s. Ce dernier ne se fait pas prier pour fusiller le goal. Aussitôt,
c’est une liesse hystérique qui enflamme les travées et les latidos repartent de plus bel ! Les supporters déchaînés encouragent encore plus, les deux tribunes populaires poussent leurs
joueurs jusqu’à ne plus avoir de voix. Boca se sent pousser des ailes et repart à l’attaque ! Après cinq minutes particulièrement douloureuses pour Newell’s, et notamment sa défense, c’est
le dépit qui envahit le stade. Sur une contre-attaque éclair de Newell’s, Boca se fait rejoindre au score dans un silence de cathédrale de… 30 secondes à peine. Car, voyez-vous, il en faut plus
pour faire taire les hinchas de Boca. Aussitôt toutes les tribunes se remettent à donner de la voix pour mener Boca vers la victoire : « Vaaaaaaaaaaamos Xeneize, tenemos que
GANAR !!! ».
L'entrée des joueurs, il pleut des banderoles!!!
Riquelme sur le point de tirer un coup-franc!!!
A croire que les joueurs étaient fatigués ou à court de forme car la fin de match a tourné à l’avantage de Newell’s et je
ne sais pas trop comment Boca a pu tenir le score… Quoiqu’il en soit, l’événement de cette deuxième mi-temps fut le gardien de Newell’s, placé juste devant notre tribune. Alors, il se faisait
déjà copieusement siffler et insulter parce qu’il jouait trop lentement. Mais lorsque son équipe a égalisé, il s’est retourné vers nous en sautillant de joie, plaçant ses mains derrière ses
oreilles et nous haranguant de la manière suivante : « Je ne vous entends plus ». Pendant 40 minutes, il a été servi. Sous une pluie diluvienne de « Putos, hijo de puta, la
puta que te pario… », il s’est fait des amis… Et heureusement pour lui qu’un grillage nous séparait de lui… A la fin du match il a remis ça, contribuant à renforcer la véhémence des
hinchas ! Lorsqu’il reviendra ici l’année prochaine, je ne pense pas que les supporters auront oublié … A la fin du match, nous devons attendre 30 minutes avant de sortir de l’enceinte
puis tout le monde rentre chez soi en but.
J’ai déjà prévenu que dans deux semaines j’allais y retourner, essayant de trouver des places à leur vrai prix
(c'est-à-dire 30 pesos et non 100). En effet, il y a plus de socios que de places dans le stade, donc pour obtenir vos places, vous devez aller voir les socios qui les revendent… (se
faisant une marge de 200% sur le billet quand même). Mais la Bombonera, c’est vraiment quelque chose d’unique en son genre. De toute ma vie, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu une telle
ambiance ! Et attendez un peu, si l’Argentine se qualifie pour la coupe du monde (ce soir ça va être très très chaud), et qu’elle la gagne… Je n’ose même pas imaginer le chaos que ça va être
dans les rues !
Je me le suis promis à moi-même, ce soir je vous écris un article du feu de dieu où vous allez apprendre un peu
d'espagnol. J'ai encore eu une semaine riche, notamment en fêtes... Entre le sushi libre et el trencito de la alegria, il n'y a guère que les cours pour me remettre les pieds sur terre. Oui parce
que les cours ont commencé et ça se ressent. Les partiels sont dans 4 semaines alors pourquoi s'inquiéter? Tout simplement parce que l'on n'a qu'un cours de chaque matière par semaine et que pour
les plus forts d'entre nous en maths, vous comprendrez qu'il ne me reste que 4 cours de chaque matière avant les examens... Et je viens seulement de comprendre comment marchait le système de
livres, très particulier. Pour en revenir aux examens, je suis loin d'être anxieux et non je n'ai pas commencé à réviser pour les plus mauvaises langues d'entre vous. C'est juste qu'ici, vous
êtes obligés de travailler régulièrement car vous avez une tonne de choses à lire entre chaque semaine et si vous le faîtes pas, à vos risques et périls. Bon ceci dit, le niveau des cours ne me
paraît insurmontable qu'à cause de l'espagnol. Parenthèse à ce sujet à tous ceux qui disent qu'en un mois on comprend tout et qu'en 4 mois on devient bilingue : conneries! Anne pourrait vous le
confirmer ou même les autres, la compréhension reste ardue et l'expression orale périlleuse. Certes, on progresse, mais il ne faut pas croire tout ce qu'on vous dit. Honnêtement, au mois de
décembre, je ne me vois pas parler couramment espagnol et pourtant on me dit que je me débrouille bien. Pour en revenir aux cours et au système de notation à la con qui m'oblige à avoir 14 dans
chaque matière pour ne pas aller en rattrapage, et aux deux partiels, c'est vraiment étrange. Mais apparemment, on peut s'arranger... Bref, vous l'aurez compris, ici on se démerde. L'exemple le
plus flagrant n'en demeure pas moins les livres. En fait, vous ne les achetez pas, vous les empruntez pour une durée de huit jours à la bibliothèque, c'est le prof qui vous file les références
(encore faut-il comprendre). Seulement, entre le nombre d'étudiants et le nombre d'exemplaires, il y a comme qui dirait un fossé... Deux choix s'offrent à vous : Attendre 8 jours pour récupérer
un livre ou apprendre au bout de trois semaines qu'il existe un lieu fabuleux qui s'appelle "El garage". Cet endroit vous permet de récupérer des cours mais également des photocopies de livres
entières, ou de les faire, pour environ 4 à 10euros, ça dépend. Et quand je dis cet endroit, je devrais dire ces endroits. En effet, chaque prof affectionne plus ou moins son "Garage"... J'aime
bien le système D mais on perd un temps monstre à comprendre comment obtenir les ouvrages... Heureusement, on peut compter sur la générosité des argentins. En finance, toute à l'heure, un type
m'a filé deux livres photocopiés pour que je le fasse moi-même sans rien demander en retour. Il a juste vu qu'Anne et moi nous étions un peu paumés...
Le premier paragraphe ne reflète pas un intérêt particulier, c'est juste que la vie d'étudiant ici s'avère un peu "compliquée". Passons au deuxième sujet peu passionnant de la semaine mais qui
revêt son importance : mon nouveau logement. Alors que tous mes comparses, à l'exception d'alexandre-la-grenouille, sont enfin partis dans leur pays respectifs vivre de nouvelles expériences,
surtout Grégoire qui est déjà en difficultés pour mon plus grand bonheur, je me lance moi-même dans ma nouvelle aventure : une colocation à 5 où les 4 autres acolytes sont latinos-américains.
Alors, j'ai le plaisir de vivre avec deux chiliennes, une colombienne et un équatorien. C'est... folklo... Je suis arrivé il y a trois jours maintenant et s'intégrer n'est pas super facile. Mes
colocs' sont tous très gentils mais ils ont chacun leur petite vie et leurs habitudes : c'est plus un partage d'appartement qu'une colocation tout-feu-tout-flamme. Che, c'est mal me connaître.
Bon je me suis pas encore fait inviter à manger par mes propres colocs' mais j'ai obtenu de l'une d'elle qu'elle m'emmène faire du shopping à Palermo. Oui alors ça peut vous paraître bizarre mais
ici, en Argentine, nous sommes en hiver et il fait 28°... Autant dire que j'ai besoin d'un manteau pour ne pas me liquéfier sur place. Quoi qu'il en soit, le gros choc culturel n'a pas été mon
emménagement, même si les filles latines piaillent toujours autant, ni même ma première vaisselle ou cuisine (des pâtes), mais mes premières courses. Déjà, pas de parmesan, autant dire que je ne
tiendrai pas longtemps... Et les produits sont tellement différents... Le pire, c'est la viande. Les emballages me rebutent malgré le fait que la viande soit excellente. Le problème, en réalité,
c'est que les barquettes sont énormes... Vous pouvez nourrir 3-4 personnes avec le steak le plus petit, et ce n'est pas une blague. Ce qui a pour conséquence de ne pas me faire manger de viande!
Alors oui, je suis probablement dans le pays où il y a la meilleure viande du monde, mais le problème des quantités astronomiques me repoussent fortement à en acheter. Je trouverai bien un moyen
de palier à ce problème (suspens total!).
Parfait, si vous êtes arrivé au troisième paragraphe, félicitations! Vous avez le droit de lire la partie intéressante de l'article. J'ai introduit ce dernier avec les notions de sushi libre et
de trencito de la alegria. Faut que je vous explique. En Argentine, lorsque vous voyez "libre" sur la vitrine d'un restaurant, cela signifie que pour une modique somme, tout est à volonté. Et
honnêtement, je n'aurais jamais pensé que c'est à Buenos Aires que je mangerai les meilleurs sushis de ma vie. Je sais déjà où j'emmènerai ma soeur quand elle viendra... Ceci dit, les histoires
de sushi ne doivent pas vous intéresser outre mesure, ce que je comprends. Alors passons tout de suite au "Trencito de la alegria". J'avais dit à papa et maman que je ne leur en parlerai pas mais
à 12 000 kilomètres, tout compte fait, je peux me permettre (jaja). Lorsque vendredi dernier j'ai dit à Laura que j'allais faire le train de la joie, elle a explosé de rire, Léo également. Cela a
dû leur rappeler leur folle jeunesse d'étudiants où, pour fêter l'entrée à la fac, les jeunes font le tour de la ville en dansant dans un bus qui a la forme d'un train et qui les dépose en boîte.
Alors, pour moi c'est la même chose à quelques exceptions prêtes. Nous n'étions pas un mais quatre trains de la alegria. Ensuite, on nous avait réservé de gros bidon de vodka-orange pour
agrémenter le tout (allez-y, essayez de boire un peu bourré dans un bus qui bouge tout le temps sans en foutre partout, c'est une épreuve mes amis). Ainsi, à minuit, dans les rues de Buenos
Aires, sous le regard effaré des quelques centaines de voitures encore présentes dans la ville, une myriade d'intercambios complètement déjantée s'amuse à danser et à chanter dans ce qui
ressemble à un wagon de Micheline sur roue... Et vous ne savez pas la meilleure? C'est qu'il y en a un tous les mois!!! La suite n'est pas très intéressante si ce n'est que j'ai passé une partie
de la nuit à vanter la future victoire de l'Argentine sur le Brésil à une brésilienne. Elle m'a dit qu'on verrait. Je cherche encore des places...
Ah la nuit à Buenos Aires...
Toute à l'heure, je me baladais dans la rue où une charmante demoiselle marchait à quelques dizaines de mètres devant moi. Si je vous raconte cela, fait peu rarissime d'ailleurs, c'est parce que
cela m'a permis d'assister aux premières loges au ballet des argentins qui, quand ils croisent une jolie fille, sont passés maître dans l'art du volte-face pour admirer la plastique de la belle
créature avant de repartir comme si de rien n'était. Ah les "piropos", une institution! Qu'est-ce qu'un piropo? C'est ce qu'on pourrait appeler un crooner, un dandee, mais en moins classe. C'est
un type qui ne peut s'empêcher d'applaudir ou d'inonder de paroles flatteuses ou osées une jolie demoiselle croisant son chemin. La ville en est remplie. Oui parce qu'à Buenos Aires, la règle
numéro 1 en matière de séduction c'est d'être "halagueño", comprenez entreprenant. Je peux vous dire que les argentins appliquent ce précepte à la lettre... Un peu trop même parfois... Alors,
pour aborder quelqu'un dans la rue, les petits surnoms, surtout d'animaux, sont courants. Ils désignent donc une bête ou une partie du physique qui ressortent chez la personne. Ainsi, en vous
baladant, hormis les caballeros et damas des tangueros, vous pourriez avoir droit à: "Che, gordo (gros), flaco (maigre), pelado (chauve), rengo (boiteux), negro (personne d'origine bolivienne ou
indienne), barbincha (barbu), loco (fou), boludo (mon con, c'est affectueux, comme quand ma soeur me le dit si souvent)... Il faut savoir que la jeunesse sort des "locos" et des "boludos" toutes
les cinq secondes... La plupart des surnoms qui suivent viennent du lunfardo, qui n'est autre que l'argot porteño. Si vous croisez une fille dans la rue, vous pouvez lui dire linda (ma belle),
mais aussi mina, minita, minon, minuza, potra (ma poule), diosa (ma déesse), gata (chaton), concheta (se dit d'une femme montrant des signes extérieurs de richesse et de bourgeoisie, à ne
pas confondre avec conchita). Ojo! Laura m'a bien répété plusieurs de faire très attention quand j'utilisais ces mots, gare aux conséquences. Pour les hommes, vous pouvez les appeler apuesto (se
dit d'un homme élégant), chabon, tipo (type), gato (chaton), perro (chien), pato (canard), pescado (poisson)... Pescado et perro ne sont pas bons du tout, surtout pescado... (hein soeurette...).
A contrario, une femme très laide est surnommée "bagre" (poisson de fleuve qui est loin d'être élégant). Les professions ont également leur propre surnoms, ainsi les médecins sont des tordos
(grives), les avocats des cuervos (corbeaux), les psychiatres des curalocos, la police est la cana (se dit d'une personne ayant les cheveux blanc), les militaires des milicos etc... Et selon les
origines des pays, vous aurez le droit à votre petit surnom en lunfardo également, ainsi un italien sera un tano (rital) etc. Pour la France, j'ai pas encore trouvé. Voilà pour votre culture
générale mes amis.
Est-ce fini? Bien sûr que non, il est temps de vous parler du projet RT (pour Road Trip). Mes parents vont venir me rendre visite en entre décembre et février et comme je leur ai dit par mail, je
ne compte les garder à Buenos Aires que 3-4 jours maximum! Selon l'avancée des négociations, nous devrions aller à : Tigre, Iguazu, Bariloche, Mar del Plata, Cordoba, Mendoza, Salta, Jujuy, la
pampa, et Ushuia!!! Bref, toutes ces villes ne vous disent peut-être rien mais je peux vous dire que c'est ce qui fait la richesse de l'Argentine. Car oui mes amis, je vais encore visiter San
Telmo, Puerto Madero, la Boca, aller au stade, m'essayer au tango et flâner dans les librairies mais le B A BA, sans mauvais jeu de mot, de BA, vous le savez désormais. Ah oui, dernière chose
avant de vous quitter. Je suis allé manger dans un restaurant avec Laura, Léo et une dizaine d'autres personnes. En dehors de la nourriture absolument succulente (j'en ai pour 5€ alors que ça en
valait plus de 20...), il y avait une grande dame blonde assise à notre table. Grande classe, beaucoup d'élégance et de raffinement et quand elle parlait, tout le monde l'écoutait. Petit détail
qui a son importance, tous sont des tangueros, ou des danseurs mordus de tango si vous préférez. Me sentant un peu seul au milieu de cette sarabande d'artistes, mon voisin de droite, alias Klaus,
prof allemand de plus de 40 ans qui parle l'espagnol et le français, me demande en français si je connais la dame blonde ici présente. Amusé, je lui dis que non et qu'il peut me parler en
espagnol. Il me dit que non car il ne veut pas que les autres comprennent. Il m'explique alors que cette fameuse dame d'une quarantaine d'année qui éclabousse le restaurant de toute sa prestance
n'est autre que l'une des meilleures danseuses de tango du monde. Et oui mesdames et messieurs, j'ai eu le loisir de dîner en compagnie d'une pro. Par contre, je ne connais pas son nom (oui là
tout de suite ça rompt le charme mais je demanderai à Laura). Pour la petite histoire, elle a invité Klaus à danser avec elle jeudi. Bonne chance!
:
D'Argentine nous entendons souvent parler d'Ushuaïa et de sa terre de feu, de sa non moins célèbre Pampa et des sublimes chutes d'Iguazu.
Si d'Argentine vous ne retenez que cela alors laissez votre guide du routard... Et permettez-moi de vous guider dans la contrée des porteños, au détour d'une ruelle de San Telmo ou dans le brasier de la Boca pour y découvrir cette passion endiablée que je vais tenter de vous insuffler aux travers de mes écrits. ¡Viva Argentina!